Pré-équipement IRVE : bureaux d'étude et architectes
La conception d'infrastructures de recharge pour véhicules électriques ne se limite plus à l'attribution d'un espace sur un plan de masse et à la pose de coffrets électriques muraux. Pour les maîtres d'œuvre, les architectes et les bureaux d'études techniques (BET) fluides ou électricité, l'IRVE est désormais un lot technique complexe à forte responsabilité.
Un dimensionnement initial erroné peut entraîner des surcoûts majeurs de génie civil, un surdimensionnement inutile du Tableau Général Basse Tension (TGBT) ou, à l'inverse, des disjonctions répétées lors des pics de consommation du bâtiment.
Ce guide technique détaille les règles de pré-équipement réglementaires en France, les méthodes d'optimisation de la puissance électrique et l'importance de prescrire une architecture logicielle ouverte dès la phase d'avant-projet.
Les indicateurs clés du dimensionnement IRVE en ingénierie
Réserve de puissance recommandée : Dimensionner la réserve électrique sur une projection à 10 ans du taux d'électrification du parc, et non sur les seuls besoins immédiats du site.
Optimisation de puissance : Réduction jusqu'à 70 % de la puissance électrique théorique appelée grâce aux algorithmes de gestion dynamique de charge.
Standard de communication : Protocole universel OCPP 1.6 ou 2.0.1 obligatoire pour garantir l'indépendance du maître d'ouvrage vis-à-vis des constructeurs de bornes.
Connectivité minimale : Atténuation réseau à anticiper en sous-sol (R-1, R-2) nécessitant l'intégration systématique de passerelles Ethernet ou de répéteurs 4G M2M.
Le cadre réglementaire français : Obligations de pré-équipement et Loi LOM
La législation française impose des quotas stricts de pré-équipement et d'installation de points de charge, différenciés selon la nature du bâtiment (résidentiel collectif, tertiaire, industriel) et la date de dépôt du permis de construire.
Bâtiments non résidentiels (Tertiaire, Industriel, Commercial)
Pour les bâtiments neufs ou faisant l'objet d'une rénovation importante comportant un parking de plus de 10 emplacements, la réglementation impose :
Un pré-équipement de 100 % des emplacements de stationnement (fourreaux, chemins de câbles et conduits dimensionnés pour accueillir les câbles de puissance).
L'installation effective d'au moins un point de charge par tranche de 5 emplacements (soit 20 % des places équipées de bornes fonctionnelles).
La réservation d'au moins un emplacement adapté aux personnes à mobilité réduite (PMR).
Bâtiments résidentiels collectifs (Copropriétés)
Pour les permis de construire déposés, l'obligation de pré-équipement concerne également la totalité des places de stationnement. L'objectif est de simplifier la mise en œuvre ultérieure du droit à la prise pour les résidents, en évitant des travaux destructeurs ultérieurs dans les parties communes.
Gestion de la puissance électrique et calcul de foisonnement
Le principal défi d'un bureau d'études électricité réside dans le calcul de la puissance maximale appelée (Pmax) du site. Une approche empirique consistant à additionner la puissance nominale de chaque borne (par exemple : 10 bornes à 22 kW, soit 220 kW) conduit systématiquement à un surdimensionnement du raccordement Enedis et à un coût d'abonnement prohibitif pour le maître d'ouvrage.
L'application des coefficients de foisonnement
La norme NF C 15-100 et les guides de l'AFNOR autorisent l'application d'un coefficient de foisonnement basé sur l'hypothèse que toutes les bornes ne distribuent pas leur puissance maximale en même temps. Cependant, sans pilotage intelligent, ce coefficient reste rigide et ne protège pas le TGBT lors des pics d'activité globale du bâtiment.
Le Smart Charging comme outil de réduction des coûts de raccordement
Pour optimiser l'enveloppe financière du projet, le bureau d'études doit prescrire une solution de smart charging en entreprise et espace privé. En installant un compteur de boucle (type Modbus) en tête d'installation, l'infrastructure de charge communique en continu avec le logiciel de gestion.
Cette architecture permet de mettre en œuvre un pilotage dynamique : la puissance allouée aux bornes varie en temps réel selon la charge résiduelle du bâtiment, garantissant une parfaite optimisation de la puissance souscrite IRVE sans jamais dépasser la capacité du transformateur ou du disjoncteur général.
Architecture réseau et connectivité : Anticiper l'infrastructure en sous-sol
Une infrastructure IRVE managée ne peut pas fonctionner de manière isolée. Elle nécessite une liaison descendante constante avec les serveurs cloud de supervision. Cette contrainte technique est trop souvent oubliée lors de la phase de gros œuvre, notamment dans les parkings souterrains des foncières et gestionnaires d'actifs.
Choix technologiques de raccordement réseau
Type de connectivité | Avantages techniques | Limites et points de vigilance |
|---|---|---|
Carte SIM 4G / 5G M2M | Déploiement rapide, indépendance vis-à-vis du réseau informatique interne du bâtiment. | Atténuation forte ou totale du signal cellulaire dès le premier sous-sol. Nécessite l'installation d'une antenne déportée en extérieur. |
Câblage Ethernet RJ45 (Cat 6) | Excellente stabilité du signal, immunité aux perturbations électromagnétiques des câbles de puissance. | Longueur de segment limitée à 90 mètres sans commutateur (switch) intermédiaire. Coût de câblage supérieur. |
Réseau Wi-Fi local | Permet de connecter plusieurs bornes à un point d'accès central sans multiplication des câbles. | Risque de déconnexions intempestives en cas de volumes importants de véhicules créant des cages de Faraday. |
Intégration de la supervision dès la rédaction du CCTP
Pour éviter d'enfermer le client final dans une solution propriétaire dépendante d'un seul constructeur de matériel, le cahier des charges (CCTP) rédigé par le maître d'œuvre doit imposer des critères d'interopérabilité stricts.
La standardisation via le protocole ouvert OCPP
Le CCTP doit exiger que la borne physique et le système de gestion backend soient nativement compatibles avec le protocole OCPP (Open Charge Point Protocol) 1.6 ou 2.0.1. Cette conformité assure que si le gestionnaire du site décide de changer d'opérateur de recharge au cours de la vie du bâtiment, il pourra le faire sans remplacer ses bornes physiques, sécurisant ainsi son investissement long terme.
Connectivité SI et intégration au Smart Building
Dans les bâtiments tertiaires modernes (BREEAM, HQE), la borne n'est plus un élément périphérique : elle s'intègre au système de gestion technique du bâtiment (GTB). Le logiciel choisi doit disposer d'API ouvertes pour transmettre les données clés (consommation au Wh, état des points de charge, alertes de maintenance) au superviseur central de l'immeuble pour un suivi précis de la performance énergétique globale.
Comment Nexteneo collabore avec les concepteurs et maîtres d'œuvre
Nexteneo n'intervient pas en concurrence des bureaux d'études, mais en tant que partenaire technique spécialisé pour sécuriser la viabilité opérationnelle des projets nationaux :
Ingénierie d'avant-projet : Nous accompagnons vos ingénieurs lors de l'audit de faisabilité IRVE pour valider l'adéquation entre la puissance disponible et les profils d'usages prévisibles du site.
Garantie de conformité réglementaire : Notre plateforme logicielle développée en France est certifiée pour l'obtention des subventions nationales et des aides d'État, garantissant la validation des dossiers de financements et subventions ADVENIR.
Pilotage multi-sites et multi-marques : Notre solution de supervision de bornes de recharge unifie la gestion opérationnelle quel que soit le fabricant de bornes retenu par le maître d'ouvrage, du moment que l'équipement respecte le protocole ouvert OCPP, simplifiant le tableau de bord pour vos clients.
FAQ : Les questions techniques des bureaux d'études et architectes
Quelle section de câble faut-il prévoir pour une borne triphasée de 22 kW ?
Pour une borne délivrant 22 kW en triphasé (courant alternatif, 32 Ampères par phase), la section de cuivre minimale standard selon la NF C 15-100 est de 10 mm² pour des longueurs de câbles réduites. Toutefois, le bureau d'études doit impérativement calculer la chute de tension en ligne. Si la chute de tension dépasse 3 % entre le TGBT et le point de charge, il est nécessaire de passer sur une section supérieure de 16 mm², voire 25 mm².
Comment gérer la conformité PMR sur un parking d'entreprise ou résidentiel ?
La réglementation française impose de réserver un emplacement adapté aux personnes à mobilité réduite (PMR) pour l'accès aux bornes. Cet emplacement doit présenter une largeur minimale de 3,30 mètres et être matérialisé au sol. Techniquement, l'architecte doit veiller à ce que l'écran de la borne, les systèmes d'authentification (lecteur RFID) et la poignée du câble de recharge soient situés à une hauteur comprise entre 0,90 mètre et 1,30 mètre du sol pour rester accessibles.
Le protocole OCPP 2.0.1 est-il obligatoire par rapport à l'OCPP 1.6 ?
Il n'est pas encore légalement obligatoire pour tous les projets basiques, mais il est fortement recommandé pour les constructions neuves. L'OCPP 2.0.1 apporte des avancées majeures en matière de cybersécurité (chiffrement des échanges de données) et permet d'intégrer les fonctionnalités complexes de la norme ISO 15118, indispensables pour les technologies de recharge de demain comme le Plug & Charge (authentification automatique par branchement du véhicule) et le Vehicle-to-Grid (V2G).
Base de connaissances et documentation d'ingénierie
Pour approfondir vos connaissances techniques sur les architectures de charge, vous pouvez consulter nos ressources spécialisées :
Analyse réglementaire des quotas tertiaires : Loi LOM et bornes en entreprise
Méthodes de calcul du coût de cycle de vie : Calcul du TCO d'une infrastructure IRVE
Diagnostic et traitement des pannes à distance : Gestion des anomalies et erreurs de charge
Intégration de la supervision logicielle : Fonctionnement de la supervision de bornes
Cadre technique et définitions générales : Définition complète d'une IRVE et enjeux
Conclusion : la prescription d'une infrastructure durable
Pour les professionnels de l'architecture et de l'ingénierie du bâtiment, l'intégration réussie de l'IRVE repose sur la transition d'un lot électrique passif vers un lot réseau communicant et intelligent. Prescrire des bornes de recharge sans anticiper leur connectivité, leur protocole d'interopérabilité ou leur algorithme de délestage expose le maître d'ouvrage à une obsolescence rapide de ses équipements et à des surcoûts d'exploitation évitables. En structurant vos cahiers des charges autour des standards ouverts OCPP et du smart charging dynamique, vous garantissez la livraison d'un bâtiment performant, évolutif et prêt à relever les défis de la transition énergétique nationale.
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