Le protocole OCPI (Open Charge Point Interface) est le standard ouvert qui permet à l’opérateur de vos bornes, le CPO, d’échanger avec les fournisseurs de services de mobilité, les eMSP : localisation des bornes, disponibilité, tarifs, autorisation des badges et facturation des sessions. Ouvrir ses bornes à l’itinérance consiste à connecter sa plateforme de supervision, via OCPI, à une plateforme d’interopérabilité comme Gireve ou Hubject, ou directement à des partenaires. Ce guide explique comment se déroule une session en itinérance, quelle connexion choisir, ce que l’ouverture apporte et ce qu’il faut vérifier avant de se lancer.
Ce qu’il faut retenir
OCPI relie les opérateurs entre eux : l’OCPP relie la borne à sa supervision, l’OCPI relie la supervision du CPO aux eMSP qui émettent badges et applications.
Un standard ouvert : il est publié en accès libre et coordonné par l’EVRoaming Foundation. La version 2.2.1 reste très déployée, la version 2.3 a été publiée en février 2025.
Trois façons de se connecter : un hub français (Gireve), un hub européen (Hubject, avec son propre protocole OICP) ou des accords directs entre opérateurs.
L’itinérance ne remplace pas le paiement ad hoc : sur un point ouvert au public, le règlement AFIR impose de pouvoir payer sans contrat, avec ou sans itinérance.
La qualité des données fait les revenus : une borne affichée disponible alors qu’elle est en panne, ou un tarif mal publié, fait perdre des sessions et crée des litiges.
Qu’est-ce que le protocole OCPI ?
L’OCPI est un protocole d’échange de données entre acteurs de la recharge. Il définit, sous forme d’API web et de messages JSON, comment un opérateur de points de recharge publie ses bornes et ses tarifs, comment il vérifie qu’un badge est autorisé et comment il transmet le détail de chaque session pour la facturation. Pour bien situer chaque acteur, revoyez les rôles de CPO et d’eMSP.
Le protocole est publié sur le dépôt officiel OCPI, qui renvoie vers l’EVRoaming Foundation pour sa gouvernance. Trois générations coexistent sur le terrain : la 2.1.1, encore présente chez certains acteurs, la 2.2.1, qui a ajouté le fonctionnement via des hubs et la transmission de consignes de puissance, et la 2.3, publiée en février 2025 selon le suivi réglementaire d’Ampeco. Cette dernière a été conçue pour anticiper les exigences de données du règlement européen AFIR.
OCPI, OCPP, OICP : trois protocoles, trois rôles
Les trois sigles se ressemblent mais ne jouent pas le même rôle. Notre guide du protocole OCPP détaille la communication entre la borne et sa supervision. Le tableau ci-dessous situe les trois protocoles.
Protocole | Relie | Porté par | Usage principal |
|---|---|---|---|
OCPP | La borne et sa plateforme de supervision | Open Charge Alliance | Pilotage, diagnostic, autorisation et comptage sur site |
OCPI | Le CPO et les eMSP, directement ou via un hub | EVRoaming Foundation | Itinérance : bornes, tarifs, badges, sessions, facturation |
OICP | Les opérateurs et la plateforme Hubject | Hubject | Itinérance via le réseau intercharge de Hubject |
Comment se déroule une session de recharge en itinérance ?
Prenons un conducteur abonné à une application de mobilité qui se branche sur la borne d’un hôtel ouverte à l’itinérance. Côté utilisateur, tout tient en un geste : il présente son badge. Côté opérateurs, cinq échanges se succèdent.
Publication : le CPO a publié à l’avance ses bornes (module Locations) et ses prix (module Tariffs). Les applications des eMSP les affichent sur leurs cartes.
Autorisation : la borne transmet l’identifiant du badge à la supervision en OCPP. La supervision vérifie auprès de l’eMSP, en temps réel ou à partir d’une liste synchronisée (module Tokens), que ce badge est valide.
Suivi : pendant la charge, la supervision informe l’eMSP de l’avancement de la session (module Sessions), ce qui permet à l’application d’afficher l’énergie délivrée.
Clôture : à la fin, le CPO envoie un relevé détaillé, le CDR (Charge Detail Record) : durée, énergie, prix appliqué. C’est la pièce de référence pour la facturation.
Règlement : l’eMSP facture le conducteur selon sa propre grille, puis reverse au CPO le montant convenu, directement ou par l’intermédiaire du hub.
Les modules OCPI à connaître
Module | À quoi il sert | Point de vigilance |
|---|---|---|
Credentials et Versions | Établir la connexion sécurisée entre deux plateformes et choisir la version commune | Renouvellement des jetons d’accès, versions supportées par chaque partenaire |
Locations | Publier sites, bornes, connecteurs et statuts en temps réel | Statuts à jour : une borne en panne affichée disponible détourne des clients |
Tariffs | Publier les prix appliqués aux clients en itinérance | Cohérence avec le prix affiché sur site |
Tokens | Partager les badges et identifiants autorisés | Badges révoqués, délai de synchronisation |
Sessions et CDRs | Suivre les charges et transmettre les relevés de facturation | Rapprochement des CDR avec les données de comptage |
Commands et ChargingProfiles | Démarrer une charge depuis une application, transmettre des consignes de puissance | Droits accordés à chaque partenaire |
Gireve, Hubject ou accords directs : quelle connexion choisir ?
Un CPO peut signer un accord avec chaque eMSP, mais le nombre de contrats et d’intégrations techniques grimpe vite. Les plateformes d’interopérabilité, ou hubs, jouent le rôle d’aiguillage : une seule connexion donne accès à tous les partenaires raccordés.
Gireve est la plateforme française d’itinérance, créée à l’initiative de la Caisse des Dépôts, de la Compagnie Nationale du Rhône, d’EDF, d’Enedis et de Renault. Elle fonctionne en OCPI et publie régulièrement des indicateurs sur le parc public. La plateforme de Nexteneo y est connectée.
Hubject est née en 2012 à Berlin d’une coentreprise d’industriels de l’automobile et de l’énergie, parmi lesquels BMW, Bosch, EnBW, Siemens et le groupe Volkswagen. Son réseau intercharge repose historiquement sur son protocole OICP. Hubject opère aussi l’une des principales infrastructures de certificats (PKI) utilisées pour le Plug & Charge.
Les accords directs (peer-to-peer) relient deux plateformes sans intermédiaire. Ils se justifient avec un partenaire stratégique, par exemple un grand eMSP ou une flotte, quand le volume mérite une intégration dédiée.
Critère | Hub français (Gireve) | Hub européen (Hubject) | Accord direct |
|---|---|---|---|
Protocole | OCPI | OICP principalement | OCPI |
Contrats et intégrations | Une connexion pour tous les partenaires raccordés | Une connexion pour tous les partenaires raccordés | Une intégration et un contrat par partenaire |
Couverture | Forte présence des acteurs français, ouverture européenne | Forte présence en Europe, notamment chez les constructeurs | Limitée au partenaire |
Plug & Charge | Selon les services du hub | Écosystème PKI de Hubject | À négocier au cas par cas |
Quand le privilégier | Parc en France ouvert au public | Clientèle étrangère, constructeurs, Plug & Charge | Partenaire à fort volume |
En pratique, ces options se combinent : un hub pour la couverture générale, quelques accords directs pour les partenaires clés. Le point d’attention est de ne pas câbler la plateforme sur un seul hub. Une couche d’abstraction côté supervision permet d’ajouter un second raccordement sans refaire l’intégration.
Pourquoi ouvrir vos bornes à l’itinérance ?
Au 31 mars 2026, la France comptait 192 008 points de recharge ouverts au public selon les données de Gireve reprises par La Tribune Auto, avec en moyenne 29,6 sessions par point sur le mois. Dans ce paysage, une borne absente des applications de recharge reste invisible pour les conducteurs de passage.
Plus de sessions : les conducteurs abonnés à un autre opérateur peuvent charger sans créer de compte.
De la visibilité : vos bornes apparaissent dans les applications et les cartes des eMSP raccordés.
Des revenus complémentaires : pour un hôtel, un camping ou un commerce, chaque session de passage s’ajoute à l’usage de la clientèle. Notre article sur la monétisation de la recharge en hôtel détaille les modèles de tarification.
Un service plus lisible : pour les bornes des collectivités, l’itinérance permet aux habitants comme aux visiteurs d’utiliser le réseau avec le badge qu’ils ont déjà.
Faut-il ouvrir des bornes privées ?
Une borne de parking d’entreprise ou de copropriété réservée aux salariés ou aux résidents n’a en général pas vocation à être publiée. L’itinérance y joue plutôt dans l’autre sens : le badge du salarié peut être activé sur le réseau public, comme le décrit notre guide de l’itinérance côté conducteur. Une ouverture partielle reste possible, par exemple le soir ou le week-end, à condition de gérer finement les droits d’accès.
L’itinérance ne remplace pas les obligations AFIR
Le règlement européen AFIR (UE) 2023/1804 fixe des exigences propres aux points ouverts au public, indépendantes de l’itinérance. Voici les principales, à vérifier pour chaque projet :
Paiement ad hoc : tout point public doit permettre une recharge sans abonnement. Les nouveaux points de 50 kW et plus doivent proposer un paiement par carte sans contact ; en dessous, un paiement en ligne, par exemple via un QR code, est admis. Les points existants de 50 kW et plus situés sur le réseau transeuropéen TEN-T doivent être équipés d’ici le 1er janvier 2027.
Données ouvertes : les exploitants rendent disponibles des données statiques (localisation, connecteurs, puissance) et dynamiques (disponibilité, prix ad hoc) via le point d’accès national. Le règlement délégué (UE) 2025/645, entré en vigueur le 14 avril 2025, précise les exigences techniques de l’interface commune.
ISO 15118 : les points publics installés ou rénovés depuis le 8 janvier 2026 doivent prendre en charge la norme ISO 15118-2, et l’ISO 15118-20 s’y ajoute à partir du 1er janvier 2027.
L’OCPI 2.3 a été pensé pour faciliter ces échanges de données, mais le règlement n’impose aucun protocole d’itinérance. Pour le détail des échéances, consultez notre synthèse des obligations AFIR des bornes ouvertes au public.
Ce que changent OCPP 2.0.1, OCPP 2.1 et le Plug & Charge
L’OCPI se situe au-dessus de l’OCPP : il ne parle pas à la borne, il parle de la borne. La version d’OCPP du parc conditionne pourtant ce que l’on peut proposer en itinérance.
OCPP 1.6 : l’autorisation repose surtout sur l’identifiant du badge RFID. Le Plug & Charge n’y est possible qu’au moyen d’extensions décrites par l’Open Charge Alliance, avec une gestion des certificats moins intégrée.
OCPP 2.0.1 : plusieurs types d’identifiants sont prévus nativement, la gestion des certificats ISO 15118 est intégrée et des profils de sécurité encadrent la connexion entre la borne et la supervision.
OCPP 2.1 : la borne peut afficher localement un coût ou un tarif, et la version prépare les usages bidirectionnels (V2X).
Avec le Plug & Charge, le véhicule s’identifie lui-même grâce à un certificat de contrat. Ce certificat doit être reconnu tout au long de la chaîne : véhicule, borne, supervision, PKI et eMSP. Dans un parc mixte, une couche d’abstraction indépendante de la version d’OCPP évite de dupliquer la logique d’autorisation et de tarification. Rester en OCPP 1.6 peut se justifier pour des bornes existantes, mais chaque nouveau service lié aux certificats y coûtera plus cher à intégrer.
Les points à vérifier avant d’ouvrir vos bornes
Les identifiants : chaque point de recharge doit disposer d’un identifiant normalisé (EVSE ID), construit en France à partir du code opérateur attribué par l’AFIREV.
Les tarifs : un prix compréhensible, identique entre l’affichage sur site et la publication OCPI, et conforme aux exigences de transparence d’AFIR.
La fiabilité des statuts : sans supervision en temps réel, les statuts publiés deviennent faux et les conducteurs se détournent du site.
La sécurité des échanges : jetons OCPI propres à chaque partenaire et renouvelés régulièrement, échanges chiffrés en TLS, droits limités au strict nécessaire, et pas d’identifiants de badges dans les journaux techniques : un identifiant rattaché à une personne est une donnée personnelle au sens du RGPD.
Les commandes à distance : limiter et tracer les démarrages et arrêts déclenchés par des partenaires, pour qu’une commande usurpée ou rejouée ne puisse pas toucher tout un parc.
Le rapprochement financier : contrôler les CDR face au comptage, prévoir la gestion des litiges et vérifier les délais de reversement prévus au contrat.
FAQ
Qu’est-ce que le protocole OCPI, en une phrase ?
C’est le standard ouvert qui permet à un opérateur de bornes (CPO) et à un fournisseur de services de mobilité (eMSP) d’échanger bornes, tarifs, autorisations et données de facturation, pour que les conducteurs rechargent avec un seul badge ou une seule application.
Quelle différence entre OCPI et OCPP ?
L’OCPP relie une borne à sa plateforme de supervision. L’OCPI relie les plateformes des opérateurs entre elles. Une borne ouverte à l’itinérance utilise donc les deux : l’OCPP sur site, l’OCPI vers les partenaires.
OCPI ou OICP : lequel choisir ?
L’OCPI est le standard ouvert, utilisé par Gireve et pour les accords directs. L’OICP est le protocole de la plateforme Hubject. Le choix dépend des partenaires visés, et une plateforme de supervision peut gérer les deux.
L’itinérance est-elle obligatoire pour une borne publique ?
Le règlement AFIR n’impose pas de protocole d’itinérance. Il impose le paiement ad hoc sans contrat et la mise à disposition de données. Des conditions de financement public ou des cahiers des charges locaux peuvent en revanche exiger l’ouverture à l’itinérance : vérifiez les conditions de votre projet.
Combien rapporte l’ouverture à l’itinérance ?
Cela dépend de l’emplacement, du tarif, de la puissance et de la fréquentation de passage. Un site sur un axe touristique ou près d’un centre-ville en tire davantage qu’un parking fermé. Le plus fiable est de suivre l’évolution des sessions en itinérance pendant quelques mois après l’ouverture.
Conclusion
Ouvrir ses bornes à l’itinérance ne se résume pas à un paramètre à cocher. Cela suppose des statuts fiables, des tarifs cohérents, des échanges sécurisés et un rapprochement financier rigoureux. Nexteneo, opérateur de recharge (CPO), connecte les bornes de ses clients aux réseaux d’itinérance depuis sa plateforme de supervision de bornes de recharge, compatible avec toutes les marques de bornes communiquant en OCPP.
Cet article présente des informations générales et ne constitue pas un conseil juridique. Vérifiez les obligations applicables à votre projet auprès des sources officielles.



